Jean-Claude Souyris

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Ces satellites qui nous observent, promenade sur notre planète vue depuis l’espace

Ingénieur au CNES, quel est votre rôle au sein de ce lieu dédié à l’étude de l’Espace ?
L’une des missions fondamentales du CNES est d’être en permanence à l’interface entre le monde de l’industrie et celui de la recherche ; j’ai été embauché dans ce cadre dual, puisant à la fois dans ma culture d’ingénieur et dans celle de chercheur. Je travaille au sein d’un service utilisant les techniques radar pour les satellites d’observation de la Terre. Je suis en charge de la recherche et du développement sur ces thématiques : le cœur de mon métier consiste à organiser des activités de recherche, à contractualiser des relations avec des laboratoires pour réfléchir aux options programmatiques de demain. En parallèle, nous suivons le développement industriel de missions qui seront lancées à l’horizon 2008, comme le satellite altimètre radar Jason 2 pour l’océanographie, développé dans le cadre d’une coopération franco-américaine. Mais nous dimensionnons aussi des missions plus lointaines, qui verront peut-être le jour au delà de 2010…

Comment avez-vous connu l’association Les Étoiles Brillent Pour Tous dont vous êtes un des nouveaux conférenciers ?
Je connais Didier Barret depuis très longtemps. La première fois qu’il m’a parlé des Etoiles Brillent Pour Tous, je n’ai pas osé lui dire que je pourrais y contribuer et donner des conférences ! Cette association en appel à des personnalités de si haute réputation scientifique ! C’est lui qui me l’a proposé un jour et j’ai bien sûr tout de suite accepté. J’aimerais moi-même vraiment assister à ces cycles de conférences, qui pourraient vivre bien au-delà des publics que vise aujourd’hui l’association : les fourmis, les trous noirs, la planétologie, sont des sujets qui m’intéressent fondamentalement.

Aviez-vous déjà eu l’opportunité de parler à un public de votre travail et de « ces satellites qui nous observent » ?
J’interviens dans des cycles d’enseignement à plusieurs niveaux : en école d’ingénieur, en DEA, en formation continue. A une époque où le CNES était fortement impliqué dans des politiques de formation internationale pour l’utilisation des satellites d’observation de la Terre,, j’ai également pris part à des expériences d’enseignement envers les pays en voie de développement. Je suis convaincu que l’observation de la Terre est un élément technique indispensable pour l’organisation d’un développement durable dans ces pays : on connaît le détail m2 par m2 des 550 000 km2 de la France, alors que la connaissance cartographique de territoires comme l’Inde, qui est six fois plus grand que la France, ou encore la Chine, qui l’est dix-sept fois, reste approximative. La télédétection (l’observation depuis l’espace) est vraiment la science des grands espaces : l’Antarctique, l’Alaska, la Russie, la Chine, l’Amérique du Sud, l’Afrique (cinquante-cinq fois plus grand que la France !)… Mais aujourd’hui la plupart des pays concernés au premier chef n’ont pas les moyens de se doter de ces outils d’observation globaux et permanents que sont les satellites… Mais j’ai connu ma véritable première expérience de vulgarisation scientifique avec les Etoiles Brillent, quand je me suis rendu en maison de retraite, puis au Centre de Détention de Muret. Ces moments ont été pour moi très enrichissants à des degrés très divers, aussi bien au niveau des personnes âgées que des détenus. Ce qui m’a frappé et me conforte aussi dans mon point de vue, c’est que je crois qu’il faut commencer par savoir qu’elles sont les référentiels de valeurs et de vie des personnes auxquelles on s’adresse, si on veut pouvoir les intéresser et les toucher ; il y a une expérience fondamentale à acquérir sur la communication avec les gens que nous rencontrons et qui vivent dans ces environnements différents du nôtre. J’ai aussi vraiment été frappé par le niveau d’instruction de mes interlocuteurs en prison : certains avaient suivi de près des sujets très pointus et ont engagé un débat qui dépassait de loin les questions « grand public ». Leurs interrogations étaient pertinentes, s’ouvraient sur plus que la simple culture générale en avançant sur certains paramètres géopolitiques, notamment concernant le futur satellite européen, Galileo. En guise de gratification, je m’en retourne avec une certitude revitaminée : l’aventure spatiale dans toute sa diversité (observation de la Terre, fusées, terra-formation, galaxies, trous noirs, …) véhicule un potentiel de rêve inépuisable !


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