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LES INSECTES SOCIAUX

Gérard LATIL est technicien CNRS au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (CRCA) de Toulouse.

Vous travaillez au sein d’un laboratoire de recherches pluridisciplinaires qui étudie l’apprentissage et la mémoire au travers du comportement animal. Quel est votre rôle dans cette structure ?
Mon travail se compose de deux parties. La première consiste à m’occuper de toutes les animaleries du laboratoire : des souris, des canaris, des drosophiles ou encore des fourmis, mais aussi tous les autres élevages qui leur sont destinés, comme celui des grillons. Je dois les nourrir, changer les litières, surveiller les naissances, … Comme nous étudions leur comportement, les animaux doivent être en très bonnes conditions et ne pas être soumis à des stress de quelque nature que ce soit. Mon autre activité m’amène à faire de la recherche sur les fourmis. En ce moment nous travaillons sur une espèce Guyanaise que nous sommes allés chercher sur place : Gigantiops destructor. Elle a quelques particularités, notamment celle d’avoir des yeux énormes, comme son nom l’indique. Une autre de ses caractéristiques, très rare chez les fourmis, est qu’elle n’a pas de phéromones de piste. Elle a bien des phéromones d’alarme, de reconnaissance de la fourmilière, mais c’est une fourmi qui part chasser en solitaire : les fourrageuses partent du nid chacune de leur côté, se font leur propre piste en utilisant des repères visuels pour aller chercher de la nourriture qu’elle ramène à la fourmilière et reparte sans recruter d’autres fourmis car elles ne laissent pas ces phéromones qui indiqueraient la position de la source de nourriture aux autres. On pense que c’est une adaptation à la forêt guyanaise, où le milieu est trop accidenté pour pouvoir y déposer des marqueurs de pistes. C’est intéressant de savoir comment elle peuvent se diriger sans ces phéromones : comment un animal doté d’un si petit cerveau (900 000 neurones) arrive-t-il à garder en mémoire autant d’informations visuelles ?

Vous vous êtes engagés dans la diffusion de la culture scientifique, accompagnés de vos fourmilières, depuis plusieurs années. Comment vous est venue cette envie de faire partager votre passion ?
Cela fait déjà quatre ans que j’interviens dans des écoles avec La Main à La Pâte. Ce sont des moments très forts avec les enfants car ils sont toujours très intéressés et curieux de tout. On est vraiment obligé d’expliquer de façon simple ce qu’on fait dans nos laboratoires, ce qui n’est pas forcément évident, comme par exemple trouver un vocabulaire différent de celui que nous utilisons tous les jours. Plusieurs membres de notre laboratoire prennent part à des activités de vulgarisation scientifique et l’association Les Etoiles Brillent Pour Tous en a entendu parler par le biais de la délégation régionale du CNRS. Nous intervenons maintenant également avec eux : nous nous sommes récemment rendus dans un centre d’enfants légèrement handicapés auprès desquels nous avons appliquer le principe de La Main à la Pâte : nous y avons laissé une fourmilière sans trop leur donner d’informations, afin que la démarche scientifique de découverte de leurs fourmis viennent d’eux-mêmes. Quand nous sommes revenus un mois plus tard pour répondre à leurs questions, j’ai vraiment été étonné car les plus petits avaient très bien travaillé, ils avaient tout testé sur les fourmis : des fruits, du pâté, de la pâte à tartiner ! Ils étaient vraiment extraordinaires, chacun d’eux avaient préparé des petites questions. Quelques-unes nous ont même un peu embarrassé…car nous ne nous étions jamais interrogés sur ce sujet ! Cette expérience était formidable.

Prévoyez-vous de nouvelles actions avec cette association ?
Bien sûr ! J’espère que l’opportunité s’en présentera ! Pour l’instant, nous envisageons de nous rendre à la prison de Muret : nous prévoyons d’y présenter une conférence sur les insectes sociaux, qui pourrait se poursuivre par une exposition sur les murs de la bibliothèque de la prison. Il serait aussi intéressant d’y laisser une fourmilière dont pourraient s’occuper les détenus pendant un certain temps.


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