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LES INSECTES

Martin GIURFA est Directeur du Centre de Recherches sur la Cognition Animale (CRCA) et enseignant a l’Université Paul Sabatier de Toulouse.

Vous êtes le Directeur du Centre de Recherches sur la Cognition Animale. Faites-nous approcher les questions que se pose un neurobiologiste du comportement....
Je m’intéresse en fait aux bases neurales du comportement chez les animaux, surtout en relation aux phénomènes d’apprentissage et mémorisation : j’essaie de comprendre comment ils apprennent, mémorisent et sont capables de résoudre des problèmes complexes. Le neurobiologiste étudie pour cela les mécanismes et les structures au niveau du cerveau qui permettent de réaliser ces tâches. Dans notre unité de recherche, les équipes travaillent conjointement sur des modèles vertébrés et invertébrés. Je m’intéresse moi-même plus particulièrement aux abeilles : le modèle abeille est très employé au niveau international car ce petit insecte a de grandes capacités de mémoire et d’apprentissages. On peut aussi concevoir toute une série de protocoles expérimentaux qui permettent d’étudier ces capacités au niveau du laboratoire. Par ailleurs, ayant un cerveau relativement simple, il est facile d’accéder aux réseaux de neurones responsables des taches étudiées.

L’ensemble de votre Centre de Recherches est très actif dans la diffusion des sciences. Comment cette volonté s’est-elle développée ?
Tout est parti d’un membre de l’équipe qui participait à titre personnel aux activités de la Main à la Pâte. J’ai alors voulu que l’unité entière soit impliquée dans cette expérience, et nos chercheurs comme nos techniciens participent aujourd’hui activement à ces projets de la Main à la Pâte, en proposant à des écoles un travail surtout axé sur les insectes .C’était une priorité pour moi, de même que de nous engager dans l’animation de la semaine de la science et de la semaine du cerveau. Il est plus qu’évident que si nous faisons de la recherche, c’est aussi pour faire comprendre au grand public pourquoi nous sommes financés, pourquoi notre travail est utile et qu’il est important d’attirer des vocations dans cette voie . Il faut aller vers les gens, et le faire à tous les niveaux, de la maternelle aux groupes de retraités. Cette politique ne changera sûrement pas la vision sociale de la science mais y apportera son petit grain de sable... Lorsque les Etoiles Brillent Pour Tous cherchaient à étendre les thématiques de ses conférences, nous avons réagi très vivement à cette demande car elle correspondait au cadre que j’ai voulu instaurer dans ce laboratoire.

Quel est finalement le message que vous voulez faire passer ?
J’aimerais faire comprendre aux gens que les frontières sont très diffuses entre l’homme et le reste des animaux, soi-disant inférieurs. On trouve énormément de parallèles entre une société d’insectes et d’humains ! Des capacités insoupçonnées, comme celles d’apprendre, de mémoriser ou de résoudre des problèmes complexes on été trouvées dans le comportement des abeilles ou des fourmis. Le but est au moins de faire comprendre, au mieux de faire adopter une vision plus humble de notre propre espèce par rapport à ce qui nous entoure. Je pense que les insectes sont un excellent modèle pour ça : bien qu’apparemment éloignés de l’homme, nos recherches nous ont aussi permis de retrouver des capacités et une organisation du système nerveux comparables au nôtre. Quand on réussi à faire comprendre ça, et que les gens commencent à se poser des questions, le véritable but de la science est atteint ! Car la science, pour moi, doit surtout aider à poser des questions. C’est ce qui s’est passé sur des manifestations massives comme la fête de la science, où notre démarche a pu amener le public à s’engager, à se questionner.


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